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Sujet: (Laralthir) Ils guettent ta chute, la bave aux lèvres Dim 24 Juin - 2:55

Laralthir
68 ans | Célibataire | Bisexuelle | Alycia Debnam Carey | Ombre
Race & origine Bosmer, originaire du Val-Boisé. Affiliation La Confrérie Noire. À tout prix, envers et contre tout. Aucune nation ni aucun autre groupe ne saurait obtenir sa loyauté. Métier Chef de la Confrérie Noire. Dieu Elle n'hésite pas à œuvrer pour la daedra Maphela. Sithis a également ses prières, par le biais de son avatar, la Mère de la Nuit. Quand à ses vieilles croyances, elles tendent à s'éteindre mais sa foi en Y'ffre subsiste.

Caractère Il se murmure que c'est pour sa ruse qu'on l'a suivi, après la trahison de Valkor - et qu'on la suit encore aujourd'hui. Toute son intelligence se concentre dans sa capacité à anticiper les manœuvres de ses adversaires. Certains affirment qu'il est impossible d'échapper à son regard affûté, qu'absolument aucun détail ne peut jamais lui échapper. Tenter de lui voler quelque chose, par exemple, revient à signer son arrêt de mort - ou peut-être n'est-ce qu'une histoire qu'on colporte au sein de la Confrérie, et qui a pour agréable effet de dissuader les petits malins.
On la sait aussi terriblement protectrice et bienveillante. Pourtant, elle ne semble pas s'attacher de manière individuelle aux membres de la Confrérie, loin de là. Mais quelque chose dans son attitude, et dans ses choix, révèle la profondeur de sa loyauté envers ses frères et sœurs. Son bras armé appartient certes à la Mère de la Nuit, mais avant cela, il oeuvre pour ces âmes qui ont accepté de lui accorder leur confiance - pour continuer de leur offrir un avenir, un rôle, une place quelque part. C'est une des raisons pour lesquelles on ne remet pas en question son autorité, mais de toute évidence pas la seule. Laralthir a une manière bien à elle de s'assurer qu'on la respecte. Nul besoin de crier, de menacer ou d'user de violence, quand il existe des manières bien plus subtiles et efficaces de rappeler sa place à quelqu'un. Le mépris et l'humiliation sont sans doute ses armes les plus affûtées. Elle décèle rapidement les faiblesses d'autrui, et y enfoncent ses mots comme autant de dagues. En revanche, si un membre de la Confrérie se montre irrespectueux de manière si répétée que sa position en est menacée, elle n'hésite pas à employer la manière forte. Sa brutalité est réputée pour être aussi rapide, qu'impitoyable. Dans le meilleur des cas, une flèche emportera l'oreille, ou une dague s'enfoncera dans le dos de la main... Dans le pire, la gorge de l'imbécile bouillonnera soudain sous les yeux surpris de l'audience. La trahison, quelle qu'elle soit, entraîne immédiatement la traque et la mort du traître - dont elle s'occupe en personne.
Certains soupirent, aussi discrètement que possible, que Laralthir est pleine d'une amertume due au passé et qu'elle voit la trahison partout. Que son cœur est aigri, méfiant de chaque parole et de chaque geste. Que sa prudence la rend faible. Il paraît qu'il est presque impossible d'obtenir sa confiance, et que c'est là son plus grand défaut car elle ne compte que sur elle-même. On dit qu'elle est si secrète que même sa seconde n'en sait que très peu sur elle ; c'est cependant faux, Livia est presque la seule personne à qui il lui arrive de se confier.
Livia est notamment la seule à avoir connaissance de sa peur pour les foules. Un marché, par exemple, est le dernier endroit où l'on risque d'apercevoir Laralthir. Conséquence d'une jeunesse passée dans les forêts de Val-Boisé, loin des villes trop peuplées de Bordeciel, ainsi que d'une paranoïa grandissante.

Laralthir ne parle presque jamais de sa vie privée, si bien qu'à la Confrérie, les rumeurs vont bon train - sans qu'on puisse affirmer qu'elle fréquente qui que ce soit. La vérité, c'est qu'elle n'est pas facile à approcher et encore moins facile à attirer dans un lit. Cela lui arrive bel et bien, mais toujours dans la plus grande discrétion. Elle s'est parfois attachée, ce qui n'a mené qu'à des déceptions, aussi depuis elle traite ses relations avec la plus grande prudence. Comme tout le reste.


Apparence, vêtements, anecdotes Au premier coup d'oeil, Laralthir apparaît n'être qu'une chasseresse. Une Bosmer certainement venue en Bordeciel par goût du voyage, peut-être de l'aventure aussi ? Elle semble dans son élément surtout à l'extérieur des villes, dans sa tenue de cuir marron, une sacoche battant sa hanche. Il est facile d'imaginer que celle-ci ne contient que du gibier, tout au plus une pierre à silex, un bol et quelques pièces. C'est presque exact ; nul gibier en revanche, car elle prend rarement le temps de chasser. Aussi préfère-t-elle emporter de la viande séchée pour ses trajets. En dehors des deux fourreaux attachés à sa ceinture, nombreuses sont les planques où elle aime caler des dagues. Une dans une botte, une dans sa manche, une dans la doublure de sa cape... Posé sur son épaule, son arc. Il est en os ; elle l'a acheté à un artisan Bosmer il y a déjà pas mal d'années et a payé quelqu'un pour y apposer un Enchantement de la Lune Silencieuse. Fixé dans son dos, son carquois contient une quinzaine de flèches en acier.
Laralthir ne dénude que très rarement le moindre centimètre de peau en dehors de son visage, qui lui-même est toujours en partie couvert de peinture noire. Sa crinière indisciplinée est quand à elle tirée en arrière par de très simples tresses. Elle n'a qu'un seul tatouage, au bras droit. Un motif nordique, fait il y a des années dans une tentative maladroite de trouver sa place en Bordeciel. Fait étonnant pour un assassin, Laralthir n'arbore aucune cicatrice, du moins au visage. Elle a pourtant subi plus d'une attaque ; ses bras et son ventre en particulier, sont couverts de vieilles entailles. Une flèche reçue il y a plus de dix ans lui a laissé à la cuisse une cicatrice noueuse qui la fait parfois encore souffrir, les jours de pluie.

Laralthir est particulièrement pieuse, bien qu'elle ne cherche pas à imposer ses croyances aux autres. Elle tolère le manque de foi de certains membres de la Confrérie, mais ne laisse en revanche pas passer les marques d'irrespect envers Sithis, Mephala ou la Mère Noire. Elle accorde à ces trois divinités ses prières, et a parfois aussi une pensée pour Y'ffir ; elle n'a d'ailleurs jamais cessé de respecter le Pacte Vert même après avoir quitté sa terre natale. En conséquence, elle ne consomme que de la viande et ne se sert que rarement de produits d'origine végétale. Mais c'est avec Mephala qu'elle a la relation la plus personnelle, ayant passé un pacte avec celle-ci il y a bien des années. Elle en tire une vision nocturne presque parfaite ; elle n'est pas nyctalope, mais presque. En contrepartie, le prince daedra exulte ses instincts violents et surtout, sa soif de chaire. Mephala réveille ses vieilles traditions Bosmer, autrefois mises de coté, et il lui arrive de céder ; de se repaître de ses victimes tel un animal affamé. Personne ne l'a jamais vu faire, pas même Livia.

Ses parents n'étaient pas de très grands érudits, préférant satisfaire leur curiosité par le voyage. Elle a donc reçu une éducation sommaire. En arrivant à la Confrérie Noire, elle a fait la connaissance d'un Frère possédant une large bibliothèque, et s'est soudain éprise de lecture. C'est de cette manière qu'elle a comblé ses lacunes année après année. À la mort de ce Frère, c'est elle qui a hérité de ses livres. Elle a continué à en acheter, jusqu'à constituer une bibliothèque plutôt respectable. Lorsqu'elle est devenue chef de la Confrérie, Laralthir a mis un point d'honneur à mettre à la disposition de tous les membres bon nombre d'ouvrages. La bibliothèque a certes été perdu lorsqu'ils ont dû fuir Epervine, mais elle fut reconstituée rapidement puisque Laralthir en avait désormais les moyens. Lire est, encore aujourd'hui, l'une de ses occupations préférées - elle affectionne en particulier les ouvrages scientifiques. Elle parle encore couramment l'elfique malgré le temps passé sans le parler souvent.

Compétences et équipementLaralthir choisira toujours l'arc comme première arme, quand elle en a la possibilité. La plupart de ses cibles sont sobrement abattues de loin ; depuis un arbre, une fenêtre ou un toit. Simple et efficace. Il est extrêmement rare qu'elle manque sa cible, et a pour réputation d'être la meilleure archère de la Conférie bien qu'elle ne s'en vante pas. Ses origines, ainsi que des années d'entraînement, expliquent ce don.
Si elle est obligée de se défendre, ou de tuer dans un espace restreint, c'est la dague qu'elle utilisera alors. Elle connaît les parties du corps à viser pour tuer rapidement ou au contraire, laisser la victime se vider de son sang lentement - en fonction de ce que le contrat stipule. Elle s'arrange pour toujours user de discrétion afin d'atteindre ses victimes, évitant à tout prix le face à face. Se déplacer en silence est un art qu'elle a appris en s'exercant sans relâche. Sa petite taille joue aussi en sa faveur, ainsi que son agilité et son sens de l'équilibre. Elle peut escalader sans peine la plupart des surfaces.
Bien sûr, face à quelqu'un de lourdement armé, elle sait qu'elle ne fait pas le poids et choisira immédiatement la fuite. Elle maîtrise les bases du combat à l'épée mais n'est clairement pas à l'aise avec ce genre d'armes.

Elle fait usage de stratégie sans avoir jamais mis de mots sur les rouages de son esprit ; calculer les mouvements de ses ennemis et les esquiver est une seconde nature chez elle. Aucun choix ne se fait sans réflexion de sa part. Si Laralthir n'a pas le choix, elle prendra une décision rapide, mais pas sans avoir calculé les conséquences - même en quelques secondes.
On dit que sa force réside aussi dans son sens de l'observation et dans sa vue perçante. Lorsqu'elle n'était encore qu'une recrue de la Confrérie, certains se sont amusés à la surnommer Oeil-de-Lynx, bien que le surnom soit tombé dans l'oubli depuis.
Son héritage Bosmer lui a laissé une forte affinité avec les animaux, que certains appeleraient communication animale. Il n'est pas rare qu'un chien ou un chat se prenne d'affection pour elle après qu'elle leur ait jeté quelque chose à manger ; mais elle se refuse à accepter qu'ils la suivent, préférant son indépendance à leur compagnie.
Bien qu'elle ne soit pas très à l'aise en société, Laralthir est plutôt douée pour mentir et se faire passer pour inoffensive. Son apparente jeunesse le lui permet, mais aussi son attitude et sa capacité à manipuler les autres avec ses mots. Qui se méfierait d'une simple chasseresse Bosmer, sûrement de passage ? Elle ne porte même pas d'épée ; seulement un arc et quelques couteaux, sûrement pour la chasse. Quand elle désire passer totalement inaperçue, elle va jusqu'à effacer les peintures noires de son visage et faire disparaître ses oreilles dans la masse de ses cheveux.

Paramètres systèmesPseudo/Prénom Nighteyes Age 24 ans. Pays France. Comment as-tu connu le forum ? Une amie (pas encore inscrite) me l'a montré ! Des remarques ? Un forum skyriiiiiiim  :coeur:
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Sujet: Re: (Laralthir) Ils guettent ta chute, la bave aux lèvres Dim 24 Juin - 2:55

« Who am I ? Do you mean… where I’m from ? What I do ? What I’ve done ? Do you mean what I’ve lost ? »

L’histoire se répète : après Helgen, c’est à présent de Blancherive qu’on parle : la ville a en effet essuyé une attaque de Dragon. Ce dernier aurait néanmoins été tué, et la rumeur court qu'un Enfant de Dragon s'est éveillé. Que pensez-vous de tout ça ? L’avez-vous vécu et, sinon, y croyez-vous, ou doutez-vous encore de l’existence de ces géants ailés cracheurs de feu ?

Je n'ai pas assisté à ces attaques, mais trop nombreux sont ceux à affirmer qu'ils ont vu ces créatures de leurs propres yeux, je crois donc à la véracité de ces rumeurs. Quand à ce que j'en pense, ma foi, il faudrait être idiot pour ne pas craindre le retour des Dragons... Je tente de ne pas trop surveiller le ciel, d'étouffer mes inquiétudes, mais c'est déjà presque un réflexe alors même que je n'en ai pas encore aperçu un moi-même. Qui pourra nous défendre ? Cet Enfant de Dragon dont certains parlent ? J'ai du mal à y croire car ce ne sont que des légendes, cependant les légendes sont souvent basées sur de très anciennes vérités. Peut-être est-ce bien cet Enfant de Dragon qui défendra Tamriel, bien que je doute qu'il sera seul dans son entreprise.

La mort du haut-roi des mains du chef des rebelles, le siège de Fortdhiver sont deux actions qui ont fait éclaté la guerre civile, longtemps larvée entre Impériaux et Sombrages : comptez vous vous engager d'un côté ou de l'autre ?

Aucun des deux partis ne vaut que je choisisse de le soutenir. Je préfère la neutralité ; tout comme la Confrérie, je ne m'implique pas dans la politique de Tamriel. Plus que l'issue de la guerre civile, ce qui m'importe est la survie de mes frères et sœurs, et que jamais nos affaires ne cessent de fleurir. Et en temps de guerre comme en temps de paix, il y aura toujours des âmes désireuses de faire appel au Sacrement Noir.


Mère adorée, mère adorée, envoyez moi votre enfant.

Les premières années de ma vie furent paisibles. Quand je repense à l'enfant que j'ai été, c'est avec une mélancolie tâchée d'amertume. Comment ai-je pu être aussi naïve, aussi ignorante de la nature des hommes ? Je tend parfois même à blâmer mes parents pour cette inconscience du danger, dans mes pires moments. Mais je sais que leur intention n'était pas mauvaise, bien au contraire. Ils m'ont longtemps protégé, quitte à ne pas me mettre en garde contre les Hommes. Contre Tamriel tout entier en vérité, car il n'y a pas que ceux aux oreilles rondes qui sont capables du pire.

Quand on me demande qui je suis, la réponse est facile. Laralthir, chasseresse et vagabonde. C'est une sorte de vérité ancienne, à présent poussiéreuse, mais qui s'échappe de mes lèvres avec naturel. C'est ce que j'ai été jusqu'à mes trente ans, à peu près. Ce que les miens, ce que Val-Boisé, a fait de moi. Parfois, ces terres me manquent. La magnificence de Falinesti m’appelle. Je suis attirée dans cette direction comme un papillon par la chaleur d'une bougie, mais je n'écoute pas ce que m'ordonne mon cœur car je sais qu'il a tord. Je n'ai plus ma place à Val-Boisé. Je prie d'autres dieux que ceux de mes ancêtres, et je fais couler bien trop de sang pour mériter de retourner parmi les Bosmer. Leur monde est façonné par la paix, le mien est fait de mort.

Quand nous avons commencé à voyager, je devais avoir un peu plus de trente ans. Ils avaient déjà parcouru Tamriel avant ma naissance, et les routes leur manquaient cruellement. Depuis longtemps, je savais que nos pas nous mèneraient un jour loin des forêts du Val-Boisé, et cette idée m'attirait autant qu'elle m'effrayait.

J'ai un souvenir doux d'Elsweyr et de ses paysages ; bien moins de Cyrodiil. La guerre n'avait certes pas encore éclaté entre les Hommes et le domaine Aldmeri, mais ses prémices grondaient doucement et nous pouvions parfois sentir l'animosité dans le regard des impériaux. C'est pour cette raison que Bordeciel devint vite notre destination, plutôt que de nous attarder comme nous en avions l'intention.

On m'avait tant parlé des montagnes de Bordeciel. Des Nordiques et de leur culture, de la neige que je n'avais encore jamais vu en si grande quantité.

Mon émerveillement fut de très courte durée.

Les Bosmer n'ont pas pour habitude d'utiliser les routes, mais l'épaisseur de neige nous avait convaincu d'emprunter le chemin pavé traversant ce col. Le soir, près du feu, nous nous serrions les uns contre les autres pour garder un peu de chaleur. Quand finalement le plus gros de la tempête fut passé, la vallée nous apparut enfin, ainsi qu'au loin quelques sommets. Epervine ne serait plus qu'à cinq ou six jours de marche.

Un cri retentit soudain. Un cri d'alerte, dans la langue Nordique. Aucun de nous n'avait encore remarqué les deux tours de guet se dressant là, entre les flancs de roche ; je vis avec horreur un homme bander son arc et lâcher la corde, puis ma mère s'effondrer devant nous. Le cri étranglé de mon père s'étouffa dans sa gorge et je sentis soudain sa main me tirant derrière lui, le choc m'empêchant de réagir. « Laralthir ! » me pressait-il, et je compris que la fuite était notre seule chance de survie. Comment se cacher quand la neige recouvre presque tout, rendant le moindre mouvement visible ? Quand rares sont les arbres à offrir un abris ? J'entendais derrière nous des cris. Pourquoi nous pourchassaient-ils, pourquoi nous prenaient-ils pour des ennemis ?

Soudain, mon père s'arrêta et désigna un renfoncement dans la roche, l'entrée presque obstruée par la neige. Il m'y poussa sans douceur. « Restes là. Je vais les détourner. » Il vit dans mes yeux la peur, et m'embrassa le front à la hâte avant de reprendre sa course. Je m'enfonçai plus loin dans cette minuscule grotte, tremblante de crainte et de froid. Des bruits de pas s'approchèrent et mon cœur se mit à battre plus fort encore. Je serrai les doigts sur mon arc, mais à quoi me servirait-il contre plusieurs Hommes ? Je me mis à prier Y'ffir de toutes mes forces. Quand je rouvris les yeux, je vis que des racines s'étendaient à présent là où s'était trouvée l'entrée, me cachant des yeux des Hommes. « Merci, soufflai-je à l'intention du dieu. »

Au début, j'étais persuadée que mon père reviendrait. La vision de ma mère tombant inerte dans la neige s'était imprégnée sur ma rétine. N'était-ce qu'un cauchemars éveillé, causé par Vaermina ou l'un de ses servants ?

Je ne me rendis à l'évidence en réalisant que la faim me tordait le ventre, et que plus aucun rayon de l'astre solaire ne filtrait à travers les racines. Du bout des doigts, je repoussai celle-ci pour jeter un œil à ce monde enneigé si peu familier. Dans la semi-obscurité, rien ne semblait bouger. J'avançai dans la direction où mon père avait fui, le cœur battant la chamade. Il était bien là, étendu face contre terre. Mettant un genou au sol, je le retournai et les premières larmes coulèrent sur mes joues. Il était mort rapidement, l'épée ayant traversé son corps plusieurs fois. Son visage était pourtant un masque de douleur, même dans la mort. Je sortai le couteau me servant à dépecer mes proies. Il ne me restait qu'une chose à faire, à présent que mes deux parents étaient morts ; goûter leur chaire pour qu'ils puissent vivre en moi, puis tuer les responsables.

Je plaçai leurs corps dans la minuscule grotte dans la paroi de la montagne. En allant chercher celui de ma mère, je guettais la présence des hommes sur les tours de guets, mais il n'y avait plus personne. Étaient-ils retournés vers un fort plus chaleureux ?

De la cuisse de chacun, je découpai une part dont je me nourrissais, après avoir allumé un feu à grand-peine. Sous mes yeux fatigués, les racines se refermèrent à nouveau jusqu'à ce qu'on ne puisse plus rien voir des dépouilles. « Ainsi tu veilles sur nous, Y'ffir, même loin de ta demeure. » La pensée, lâchée à haute voix, révéla ma solitude inattendue. Ni le sourire bienveillant de mon père, ni le regard plein de malice de ma mère n'y répondirent.

Malgré l'épuisement, je n'attendis pas le jour pour démarrer mon voyage. À la lumière de celui-ci, il serait dur de passer inaperçue, et je savais à présent que les Hommes pourraient me prendre pour cible si l'envie leur en prenait - en particulier alors que j'étais encore à la frontière entre Bordeciel et Cyrodiil. Ainsi, je marchais la nuit et dormais le jour, rendant le périple plus long qu'il ne l'aurait été en temps normal puisqu'il me fallait prendre garde à ne pas perdre la route dans le noir. Celle-ci me mènerait sûrement au village le plus proche, où je devinais que les gardes s'étaient rendus.

Et mon instinct me rendit raison.

Car les péchés des indignes doivent être lavés dans le sang et la peur.

Si je ne pleurais pas chaque jour, c'est que ma mission occupait bien trop mes pensées. Jamais je n'avais tué autre chose qu'un animal. Comment pourrais-je affronter autant d'Hommes à la fois ? Une petite voix, celle de la lâcheté, m'incitait à abandonner et faire demi-tour. J'étais dans un pays inconnu, où seule la mort m'attendait. Mais que dirais-je à mon oncle, à mes cousins ? Que je n'avais pas su venger l'injustice car je n'étais qu'une chasseresse, trop jeune, trop inexperimentée ? Certes, je n'avais rien d'une tueuse, mais les dieux m'avaient mis sur ce chemin et à présent, m'en détourner ne m'apporterait que la honte et les remords.

Le petit village était endormi quand j'arrivai près des premières maisons. Seules les fenêtres de l'auberge étaient encore éclairées, de la fumée montant en volutes par sa cheminée et le bruit joyeux de chants et de danses s'en échappant. Adossée à l'arrière d'une maison, je restai écouter ces drôles de chansons vantant les mérites de héros dont je n'avais jamais entendu parler, dans une langue dont je ne connaissais que les bases. Mon père avait insisté pour m'apprendre le Nordique, mais les sons roulaient trop étrangement à mon goût pour que je m'y intéresse avec application. Ma patience paya finalement, quand je vis un homme sortir de l'auberge, vêtu de l'uniforme que j'avais aperçu sur le guet. Il s'éloigna un peu, assez pour pouvoir se soulager contre un mur.

Beaucoup affirment que la première fois qu'on tue un homme, est la plus difficile de toutes. Je ne suis pas de cet avis. Ma première fois fut la plus facile de toutes. Cet Homme, sifflotant tandis qu'il baissait son pantalon, avait participé à abattre de sang-froid mes parents. Il n'était qu'un animal, et c'est de cette manière que je décidais de le traiter : je laissai mes réflexes de chasse prendre le dessus, tirant la corde de mon arc jusqu'à ce que mes doigts touchent ma joue. Les hommes font de piteuses proies. Contrairement aux animaux, ils sont incapables de faire appel à tous leurs sens et ils sont dotés d'un faible instinct de survie. Inutile de prêter attention au sens du vent pour qu'il ne sente pas ma présence ; ni d'éviter de marcher sur une branche, puisqu'il était si saoul qu'il ne m'aurait pas entendu. À l'instant où il se retourna, ayant fait son affaire, ma flèche se ficha entre ses deux yeux. Il s'afaissa, presque avec douceur, contre le mur.

Sur lui aussi, je prélevai une part de chaire. J'avais déjà vu nos guerriers faire ; après chaque bataille, un festin était dressé, où l'on invitait également sa famille. Quelle différence, ici ? Je découpai un morceau généreux de sa cuisse, et l'enroulai dans du tissu. Au moins n'aurais-je pas à chasser avant quelques temps.

Une toute autre chasse pourrait occuper toute mon attention. Depuis les fenêtres de la taverne, je pouvais reconnaître ce même uniforme, porté par plusieurs hommes.

Un second eut la stupidité de sortir seul. Je le tuai comme le premier, malgré le léger tremblement de mes doigts - et à nouveau, je prenai sa chaire. Je ferais de même avec chacun d'entre eux, en temps et en heure. Bientôt, le silence régna sur le village, et même les gardes semblèrent être montés dormir.

Peut-être cela serait-il ma seule chance de tous les tuer avant qu'ils ne trouvent leurs camarades morts et deviennent méfiants. Sans doute l'alcool les rendrait-il plus faciles encore à atteindre. Cachant mon arc dans les fourrés, je me glissai jusqu'à la porte de l'auberge et l'ouvrai lentement. Quelques nordiques s'étaient endormis face contre table, d'autres dormaient à même le sol. Aucune trace de l'aubergiste. Je contournai le foyer aux cendres presque éteintes et montai à pas de louve l'escalier menant aux chambres.

Dans la première chambre, je ne reconnu pas l'homme dormant là. Dans la seconde, une femme portant l'uniforme de la garde ronflait bruyamment. En m'approchant, je sentis l'odeur de vinasse émanant d'elle et grimaçai. Cette fois, il me fallu passer le fil de mon couteau sur sa gorge. Je me répétais qu'il s'agissait d'achever une bête que l'on a attrapé, rien de plus ; mais quand je l’égorgeai, ses yeux s'ouvrirent soudain et son regard me transperça. Je reculai d'un pas vacillant, sans pourtant lâcher des yeux le spectacle de ses soubresauts d'agonie.

Dans la dernière chambre, se trouvait un dernier homme de la garde. À en juger par son uniforme et l'épée d'excellente facture posée sur la table, il devait s'agir du chef de leur groupe. Je laissais mes doigts traîner sur la lame, m'interrogeant soudain sur la nature de cet Homme, de tous ces Hommes que j'avais tué un par un. Ils étaient faibles. Faciles à surprendre, incapables de discrétion ou de subtilité ; même les louveteaux étaient plus prudents qu'eux. Mais étaient-ils profondément mauvais ? Méritaient-ils la mort pour avoir pris des voyageurs pour des ennemis ?

Mon hésitation fut une terrible erreur.

« Qui êtes-vous ? Montrez votre visage ! »

Dans un sursaut, je me tournai vers l'homme, qui s'était éveillé. Il était visiblement le seul à n'avoir pas bu, et tenais d'une main un couteau, de l'autre une bougie à moitié consummée. Son visage changea quand il vit le mien, la compréhension éclairant ses traits.

« L'elfe ! Je savais bien que vous étiez trois ! »

Trop sûr de lui, il choisit de m'attaquer immédiatement, sans prendre la peine de crier l'alerte. Sa lame fendit l'air dans ma direction et je l'évitai d'un bond. Il fonça sur moi sans la moindre légereté, son couteau devant lui, et son poids m'emporta. Il était plus grand, plus large, et je sentis la lame commencer à s'enfoncer de quelques minimètres dans ma hanche. En me débattant, je parvins à faire voler l'arme au loin, mais aussitôt il referma ses mains autour de mon cou. Son expression était determinée et je vis dans ses yeux qu'il se sentait légitime à me tuer, qu'il pensait accomplir là son devoir ; mes poumons commencèrent à brûler tandis que je griffais contre ses poignets, mes gestes de plus en plus paniqués. Mon père m'aurait dit de me forcer à rester calme. Aussi je tentais de réfléchir plutôt que de gaspiller mon énergie, et je me souvins que mon couteau m'était encore accessible. Ma main se mit à chercher à l'atteindre, sous le corps de mon ennemi qui m'écrasait. Du bout des doigts, je tentai d'extirper l'outil de son fourreau mais la pierre dont il était fait me glissait des doigts. Les larmes commencèrent à perler au coin de mes yeux alors que l'inconscience me guettait. Enfin, le couteau vint se loger au creux de ma main, que je levai avec mes dernières forces. L'acier s'enfonça dans la gorge du Nordique avec un bruit désagréable, le sang se répandant à grands flots sur moi. Sa poigne se relâcha soudain et j'inspirai brusquement, attirant l'air dans mes poumons avec un soulagement douloureux. Je repoussai le corps sur le coté, une toux violente me secouant.

Son sang mouchetait à présent la peau de mon visage, jusqu'à mes lèvres sur lesquelles j'en sentis le goût ferreux.

On dit des chiens qu'une fois qu'ils ont mordu l'Homme, il devient impossible de leur faire confiance. Qu'ils chercheront forcément à goûter à nouveau le sang. Cela s'applique-t-il à d'autres races, et aux elfes en particulier ? Après tout, les Bosmer ont pour tradition de consommer la chaire de leur adversaire depuis des siècles. Cela fait-il d'eux des monstres ? Je ne m'étais jamais posée la question, avant d'arriver dans des régions où de telles pratiques sont perçues comme « inhumaines ». Mes parents me l'ont souvent répété : ne parles de ces choses là à nul autre qu'un Bosmer. Ne sois jamais vue en train de manger de la chaire humaine. Mais jamais ne m'ont-ils dit qu'il s'agissait d'une pratique barbare, condamnable.

J'étais la victime de cette histoire, pas l'inverse. Mes mains étaient couvertes du sang de ces quatre Nordiques, pourtant je ne me voyais pas comme coupable.

Sortie de l'auberge comme j'y étais entrée, je me mis à errer. J'évitais les routes pendant un temps, jusqu'à avoir avancé assez loin dans les terres pour ne plus craindre qu'on me prenne pour une envahisseuse. Être seule y aida ; je finis par réaliser qu'on prêtait très rarement attention à une chasseuse solitaire, même dans les villes où je me vis obligée de m'arrêter pour acheter certains outils.

Bordeciel est indéniablement un très beau royaume. Mais je n'avais plus le moindre objectif, et ma curiosité s'était éteinte avec mes parents, aussi j'envisageais de retourner à Val-Boisé faute de mieux.

Je campais à proximité de Rivebois quand quelque chose d'étrange arriva. En me réveillant, je constatai ne plus être au même endroit, et souffrir d'un drôle de mal de crâne... Quelqu'un m'avait drogué. Je me levai avec précipitation avant de me figer, nez à nez avec une silhouette encapuchonnée, habillée de noir et de bordeau. J'étais dans une cabane, sûrement une vieille planque de chasseur, abandonnée depuis plusieurs années à en juger par son état.

Mon esprit s'agitant pour analyser la situation, mes yeux tombèrent sur trois autres individus, attachés ensemble et le visage couvert par des sacs.

« Enfin réveillée, l'elfe, s'exclama la femme plantée devant moi. Il paraît que tu sais tuer. Une petite démonstration ? »

Clignant des yeux, je la fixais sans comprendre. Que voulait-elle dire ? Elle dut me prendre pour une sotte, car elle croisa les bras et lâcha un soupire exaspéré.

« Bon, écoutes, je n'ai pas toute la nuit. Tu vois ces trois hommes ? Il y a un contrat sur la tête de l'un d'entre eux. Choisis-en un et tue le. »

Un test. Voilà ce dont il s'agissait. Je tentais de percevoir le visage de la femme sous sa capuche, mais elle était clairement décidé à ce que je ne vois pas ses traits. Elle me tourna le dos et partit s'adosser à la porte avec nonchalance.

Mon regard se posa à nouveau sur les trois individus. Si ma vie dépendait du meurtre d'un d'entre eux, le choix était vite fait. Je m'avançai, et le plus proche sursauta au son de mes pas. Il se mit à supplier, sa peur émanant de lui par vagues. « Par pitié, j'ai une femme et des enfants ! » Je tournai lentement la tête vers la femme encapuchonnée. Ce n'était pas de la miséricorde qu'elle attendait de moi, de toute évidence. Je devrais tuer celui-ci pour espérer lui plaire, pensais-je. D'un geste silencieux, je sortis mon couteau de chasse. Ma proie ne percevant plus ma présence, s'imagina sûrement qu'il était inutile de continuer à parlementer ; que je m'étais éloignée sans faire de bruit. D'un geste vif, je retirai la capuche couvrant son visage d'une main et lui tranchai la gorge de l'autre.

Il s'agissait d'un homme âgé d'une quarantaine d'années, vêtu d'habits modestes et à la barbe de plusieurs jours. Un paysan, certainement. S'il avait bel et bien une famille, alors elle attendrait sa réapparition en vain. Les remords ne m'étreignirent qu'à peine. C'était sa vie, contre la mienne. Surtout, c'était un ennemi. J'avais décidé des semaines auparavant de traiter chaque rencontre comme telle, car n'importe qui était capable de m'attaquer à vue.

Cette fois sans retirer leurs capuches, j'offris le même traitement aux deux autres hommes, ne sachant lequel était concerné par le contrat. Puis je me tournai à nouveau vers l'inconnue, dans l'attente d'une réaction, et vit qu'elle avait chassé sa capuche, ne gardant qu'un foulard pour cacher le bas de son visage. Elle semblait plutôt jeune, et sa peau brune la désignait comme rouge-garde ; elle fit semblant de m'applaudir tout en déclarant : « Tu peux désormais rejoindre la Confrérie Noire, l'elfe. Quel est ton nom ? »

La Confrérie Noire... J'en avais déjà entendu parler. Mon père m'avait parfois conté des histoires inquiétantes, d'assassins appartenant à un sombre culte, de contrats dont même les puissants ne pouvaient se défaire. Jamais je n'aurais imaginé qu'en tuant quelques gardes, j'attirerais leur attention.

« Laralthir, je répondis après une hésitation.
- Enchantée, Laralthir. Viens, je vais t'expliquer comment trouver le Sanctuaire de la Confrérie. »

Je ne peux pas affirmer qu'il fut facile de m'intégrer à la Confrérie Noire. Non qu'on m'y rejetais - bien que j'eus droit aux quelques remarques qu'on réserve aux elfes, rien d'inhabituel cependant - mais pendant longtemps, je fis tout mon possible pour garder mes distances avec mes Frères et Sœurs de la Nuit. Vaine tentative, dont la seule raison était ma méfiance. Celle-ci finit par s'adoucir, quand je réalisai que la Confrérie m'offrirait tout ce dont j'avais besoin pour retrouver un sens à ma vie. Une famille et un objectif. Une place quelque part, certes dans les ombres, mais surtout à l’abri des attentes trop grandes du monde et des vastes conflits insensés que se livrent les nations.

Quand la guerre éclata finalement entre Humains et domaine Aldmeri, je trouvai refuge au Sanctuaire, n'en sortant plus que pour chasser et ramener de la viande à la Confrérie - puisque je ne pouvais plus me déplacer aussi librement qu'autrefois, et donc plus remplir les contrats que m'aurait donné la Mère de la Nuit. Nul ne m'en fit le reproche, et nul ne me donna en pâture aux Impériaux malgré la potentielle prime qu'ils auraient touché. C'est ainsi que se consolida ma confiance en la Confrérie.

La guerre achevée et le Traité de l'Or Blanc signé, je repris mes activités. Si tuer ne devint jamais un véritable plaisir, l'hésitation ne vint plus que rarement freiner mes gestes. J'avais également commencé à prier la Mère de la Nuit ainsi que Sithis, lors de mon arrivée au Sanctuaire : ces croyances m'étaient certes peu familières, mais il m'aurait paru absurde de ne pas accorder mes prières aux mêmes entités que mes Frères et Sœurs. Sans oublier que nous n'existerions pas sans la Mère de la Nuit et son Sacrement Noir.

Quand à Mephala, la forme originelle de la Mère de la Nuit, je ne lui prêtai attention que bien des années plus tard. Lorsqu'elle commença à me guider, à m'accompagner sur un chemin qui me mènerait où je suis aujourd'hui.

Tout débuta avec un homme. Un barde nommé Sjorvar, fraîchement recruté par la Confrérie pour ses prouesses guerrières. Le Nordique avait tué trois hommes dont le patron d'une auberge, après que celui-ci ait refusé de lui offrir le couvert malgré une soirée passée à chanter et jouer du luth pour les clients.

Mon premier contact avec ce Sjorvar eut lieu lors d'un de mes cours. Ayant réalisé que beaucoup à la Confrérie ne maniaient que peu l'arc, je m'étais proposée pour organiser des entraînements, et Sjorvar s'y présenta peu après son arrivée.

La nuit suivante, je l'invitai dans ma chambre. Sjorvar avait cela de particulier, qu'il parvenait à me faire oublier tout bon sens et à agir sans réfléchir. Je m’offrais corps, et bientôt âme, à lui. Il était plein d'esprit et de charme, et si doué en musique que je pouvais passer des heures à l'écouter chanter et faire courir ses doigts sur les cordes de son instrument.

Mais Sjorvar usait de ses atouts dès que l'occasion se présentait, et je compris vite qu'il n'avait rien d'un homme fidèle, encore moins loyal. Je le suivais dans la plus grande discrétion, jusqu'à voir de mes propres yeux la femme avec laquelle il partageait son cœur plutôt qu'avec moi, et ce malgré ses belles promesses. Une Nordique, bien entendu. Lui qui passait la majeure partie de son temps sur les routes, était dorénavant accompagné par cette femme qui chantait pendant que lui jouait. Et tous deux étaient certainement plaisants à regarder et à écouter, alors même que ma colère et ma jalousie grondaient comme des bêtes enragées. Je nourrissais ma haine sans pour autant la laisser éclater, jusqu'au jour où je surpris une conversation au Sanctuaire.

« Laralthir ? Tu te moques de moi ? Bien sûr que non, c'est une elfe. Jamais je ne toucherais une elfe. »

Mon sang ne fit qu'un tour, et je faillis épingler Sjorvar au mur ; depuis combien de temps étais-je le dindon de la farce, son jouet qu'il dédaignerait dès que nécessaire, sur lequel il cracherait alors même qu'il se plaisait à en goûter la peau ? Ma dague contre sa gorge fut un avertissement qu'il sembla prendre au sérieux, et dès lors il comprit n'être plus le bienvenu entre mes draps.

La douleur, pourtant, ne disparut pas. La simple vue de sa chevelure couleur de blé, le son de sa voix, le moindre de ces détails suffisait à faire gronder cette bête que j'aurais aimé faire taire. En secret, je continuais parfois à suivre et observer Sjorvar et sa chère Nordique. Elle était certainement plus respectable que moi. Pour commencer, ce n'était ni une elfe, ni une meurtrière. L'une de mes Sœurs, et amie proche, finit par me souffler :

« Je vois bien ce qui te dévore, Laralthir. Tu devrais demander de l'aide à Mephala. Elle sait exactement que faire de ces cas-là, sois en certaine. »

Mephala ? L'idée ne me serait jamais venue, mais la Sœur m'indiqua l'emplacement de l'Autel le plus proche, et je m'y rendis. Peu habituée à faire appel aux services des daedras, j'étais alors aussi naïve qu'influençable. Je ne regrette pourtant pas les mots échangés avec la Dame des Murmures, ni les promesses que chacune fit à l'autre.

Le lendemain, je fis mon premier Sacrement Noir. Je demandai la mort d'Ondi, la belle compagne de Sjorvar. Comme Mephala me l'avait assuré, l'Oreille Noire confia le contrat à nul autre qu'à Sjorvar ; celui-ci se présenta à moi pour recevoir mes instructions et son visage perdit toute couleur lorsque je lui annonçai le nom. Bien sûr, il comprit que c'était là ma vengeance, certes tardive. Mais il est presque impossible pour un membre de la Confrérie de refuser un contrat, aussi se trouva-t-il face à un choix insupportable. Je savourai sa douleur, plus grande encore que si je m'étais contentée d'assassiner sa belle.

Quelques jours plus tard, il revint au Sanctuaire en annonçant la mort de sa cible, son visage assombri par la douleur et ses yeux me transperçant de haine. Bien sûr, je m'empressai de vérifier qu'il ne mentait pas. Je découvris qu'Ondi était bel et bien morte de sa main. Quel genre d'homme est capable de tuer celle qu'il aime ? Un homme comme Sjorvar, et si je le méprisais de n'avoir pas été loyale envers son aimée, je l'admirais tout autant d'avoir su faire passer la Confrérie avant ce que son coeur lui ordonnait.

Malgré sa rancune à mon égard, Sjorvar ne chercha pas à se venger avant longtemps. Me tuer n'aurait fait que précipiter sa chute en lui apportant la colère des membres de la Confrérie. Un garçon en particulier, était devenu mon plus proche acolyte : un impérial nommé Lucius. J'étais alors encore capable de me lier d'une amitié simple et sincère, et je partageai avec lui quelques uns de mes moments les plus joyeux.

Après Sjorvar, je mis un point d'honneur à ne jamais laisser les sentiments se mêler de mes affaires. Plus facile à dire qu'à mettre en pratique, mais je me découvris un certain don pour garder les autres à distance, y compris les très occasionnelles relations charnelles.

Un jour de l'an 190, je fus envoyée faire passer le test à une nouvelle recrue. Ce n'était pas la dernière, et d'autres suivraient, mais celle-ci était particulière. Esclave dans une arène des Hautes-Roches, elle avait tué son maître pour regagner sa liberté et depuis, usait de ses capacités pour le meurtre au sein d'une compagnie de mercenaires de Bordeciel. Un talent gâché, d'après Valkor, et une recrue de choix.

Comme on me l'avait indiqué, je trouvais sa compagnie à la Jument Pavoisée. Sohane, de son prénom, était assise avec deux comparses au fond de l'auberge. Je m'installai donc à une autre table et commandai un verre d'hydromel, me contentant de l'observer discrètement. J'avais beau être un peu connue des lieux, les clients m'adressaient encore ces regards méfiants réservés aux elfes, alors même que j'avais pris l'apparence la plus inoffensive possible. Ni maquillage sur mes yeux, ni couteaux visibles si ce n'est une vieille lame à dépecer.

Visiblement, Sohane passait un bon moment, à en juger par son rire bruyant. On devinait mal son dur passé, à la regarder. À vrai dire, je ne m'attendais pas à ce qu'elle soit aussi attirante, et à ce que nos regards se croisent aussi vite. Le sourire naissant sur ses lèvres me fit détourner les yeux aussitôt, comme une enfant prise en flagrant délit. Autant pour la discrétion. Peut-être penserait-elle juste que j'étais intéressée par elle, et non que j'avais l'intention de l'enlever cette nuit même ? Quand je jetai un coup d’œil dans sa direction, elle m'observait encore et je la vis se lever brusquement. Par Yffir, pensai-je, que fait-elle ? Mon hydromel était arrivé, aussi je fis semblant de me perdre dans la vision du fond de mon verre.

« Vous êtes seule ? »

Mes yeux s'agrandirent de surprise et je relevai le menton pour me trouver nez à nez avec la belle. Je compris soudain qu'elle tentait bel et bien de me séduire, et ce sans la moindre subtilité. Son sourire et son regard en disaient plus long encore que ses mots. Sans réfléchir, j'entrai dans son jeu.

« Pour l'instant. »

Quelques minutes plus tard, je fis sonner mes pièces sur le comptoir de l'aubergiste. J'avais rarement visité les chambres de la Jument Pavoisée, préférant camper hors de la ville, mais cette nuit là elles trouvèrent à mes yeux un indéniable charme - certainement dû à celui de Sohane.

La droguer ne fut guère compliqué, bien que je décidais d'être généreuse sur la dose. Quelque chose chez elle incitait à la prudence, et n'ayant pas vraiment connaissance de ses origines, on pouvait tout présumer. La porter hors de l'auberge et jusqu'à la planque fut le plus délicat, mais l'agencement de la Jument Pavoisée me permit de ne pas être remarquée. Je la déposai dans un coin de la vieille cahute, non loin des trois hommes attachés au centre de celle-ci, et fermai la porte avant de m'y adosser. Les trois proies s'étaient mises à tenter de me supplier à peine m'avaient-elles entendu entrer, mais leur bâillon les empêchait de rameuter toute la ville. D'ordinaire, j'aurais masqué mon visage pour procéder au recrutement, mais c'était à présent inutile. En attendant qu'elle se réveille, je sortis le morceau d'os que j'étais en train de sculpter et mon couteau. Lentement mais sûrement, il prenait la forme d'un aigle. Quand enfin elle ouvrit les yeux, je n'attendis pas qu'elle m'attaque pour lui expliquer.

« À vrai dire, j'avais un tout autre plan pour nous deux. Cette nuit était une agréable surprise, mais à présent, j'ai une offre pour toi. L'un de ces hommes est désigné par un contrat. Tue l'un d'entre eux et tu auras la possibilité de rejoindre la Confrérie Noire. »

C'est à peine si elle m'adressa son habituel sourire moqueur, avant d'égorger chacun des trois hommes. Je dois l'admettre, je n'étais guère surprise, aux vues de ses antécédents.

« Félicitations, Sohane. Tu as désormais la possibilité d'entrer dans nos rangs. Retrouves-moi à la sortie de la ville et je te guiderai jusqu'au Sanctuaire. »

Dans les mois qui suivirent, je partageai à nouveau son lit à plusieurs occasions - pour être honnête, presque chaque fois que nous nous croisions - tout en tâchant de cacher l'affaire au reste de la Confrérie, tenant à rester discrète. Lucius n'était pas dupe, bien entendu ; je voyais à son sourire en coin qu'il savait parfaitement, mais il ne fit jamais la moindre remarque. Un jour, Sohane lâcha au détour d'une conversation sur l'oreiller, qu'elle avait couché avec Lucius. Elle vit sûrement à mon expression, et à mon silence glacial, que la nouvelle m'avait fait l'effet d'une douche froide. Aussi je n'entendis plus jamais parler de leur relation, et d'ailleurs, je préférais n'en rien savoir.

Quand trois ans plus tard, Sohane m'annonça qu'elle devait quitter la Confrérie Noire, je la mis en garde et parvins à la convaincre de ne pas provoquer la colère de Valkor et de toute la Confrérie ; dans un élan de loyauté stupide, je décidai d'exécuter ses contrats en plus des miens afin de lui permettre de s'éloigner, sans m'imaginer qu'elle se construisait une petite famille.

Ce secret pourtant bien gardé, je le découvris un jour où Sohane vint chercher sa récompense (après que j'ai tué sa cible, bien entendu) au Sanctuaire. Son ventre arrondi était difficile à manquer, je prétendis pourtant ne rien avoir remarqué. Puis je la suivis. Pour justifier son départ, elle m'avait assuré que des raisons personnelles, liées à son passé, l'appelaient ailleurs. Comme une imbécile, une gamine naïve, je l'avais cru. À présent, la vérité m'éclatait au visage. Je vis sa petite fille et son compagnon, je vis ce bonheur qu'elle avait bâti dans mon dos, et j'en tirai une douce amertume mais nulle colère - si ce n'est contre moi-même, pour avoir accordé ma confiance à cette femme. Je continuai pourtant à remplir notre accord, et je ne lui avouai être au courant que des années plus tard, quand elle se décida à revenir auprès de la Confrérie.

Je dois l'admettre, aucun d'entre nous ne vit vraiment venir la trahison de Valkor. Sjorvar étant devenu son second, je me méfiais donc un peu plus de Valkor, sans d'autre raison que la prudence envers mon ancien amant. Ses contrats avec un anonyme éveillèrent notre scepticisme à tous, mais de là à imaginer qu'il ferait affaire avec la Légion impériale...

Le jour de l'attaque faillit être celui de la disparition définitive de la Confrérie. Quand je vis entrer la masse informe des soldats de la Légion, mon sang ne fit qu'un tour. Le combat fut sans merci, dans un camp comme dans l'autre - et quand le silence tomba enfin sur le Sanctuaire, le sang couvrait presque chaque mètre carré de celui-ci. Valkor était mort dès les premières minutes, mais Sjorvar avait survécu ; je voulu le passer par le fil de ma lame, mais il affirma ne rien savoir des plans de Valkor. Les yeux des quelques survivants étant posés sur moi, je ne pouvais simplement le tuer sans preuves.

Ce fut Lucius qui me souffla l'existence d'un autre Sanctuaire, à Aubétoile. Le voyage fut rude, puisque la discrétion était de mise et que nous transportions avec nous la précieuse Mère de la Nuit. Ce n'est qu'en cours de route que la réalisation me frappa. J'étais devenue leur chef, suite à cette catastrophe. C'était vers moi que leurs regards se tournaient, ma voix qu'ils écoutaient pour les guider. Si j'échouais, ces hommes et ces femmes ne retrouveraient peut-être jamais leur place dans ce monde. Quels dieux prieraient-ils, après avoir été les enfants de Sithis et Mephala ?

Aubétoile accueillit notre renaissance, et si les premiers temps furent difficiles, le courage ne nous manqua pas pour traverser cette épreuve. N'ayant aucune preuve de l'implication de Sjorvar dans les manigances de Valkor, je dû accepter qu'il vive. Lucius devint mon second. Je fis comprendre à nos Frères et Soeurs qu'à présent, la moindre suspicion de trahison mènerait à la mort immédiate, et que nous tâcherions de suivre à nouveau les préceptes de la Confrérie, longtemps oubliés. Apprenant que la Guilde des Voleurs avait souffert du même sort et se trouvait à présent à Markarth, je saisis cette occasion pour renforcer nos liens avec eux.

Six mois après notre installation à Aubétoile, je pris la route après que l'Oreille Noire m'ait confié un contrat dans une ferme de la châtellerie de Blancherive. Rien d'inhabituel. Ce devait être mon cinquième contrat en six mois. Après avoir tué la cible, je pris le chemin du retour, mais mon voyage trouva une fin abrupte à quelques heures à cheval au nord de Blancherive. Je venais de m'arrêter pour la nuit et de démarrer un feu de camp, à quelques dizaines de mètre de la route.

Malgré mes réflexes, je ne vis pas venir la première flèche, qui se planta dans ma cuisse. Un cri de surprise et de douleur m'échappa, et je me jetais aussitôt à l’abri des broussailles dans l'espoir d'échapper aux flèches suivantes. La douleur irradiait par vagues de ma jambe, mais arracher la flèche ne ferait qu'empirer les choses, aussi je me contentais de la casser à quelques centimètres de longueur pour mieux tenter de m'éloigner. Mais une main se referma soudain sur mes cheveux et me tira en arrière. Je dégainai un premier couteau, qu'on m'arracha aussitôt des doigts. Je ne voyais pas le visage de l'homme dans l'obscurité, mais je reconnu son rire suave. Sjorvar. Ses mains refermées sur ma crinière me tirèrent jusqu'au centre de la clairière, et me jetèrent près du feu avant que je n'ai le temps de sortir d'autres armes. Je roulais pour éviter les flammes qui tentèrent de lécher mon visage, et soudain il fut sur moi ; ses mains puissantes se saisirent de mes poignets puis je sentis la morsure de la corde avec laquelle il les attacha. Je ruais, grognais et tentais de le mordre, mais sa force et son poids l'avantageaient. Quand il eut terminé de me lier les mains, ses doigts vinrent se refermer autour de ma gorge.

« La chef de la Confrérie Noire. »

Un rictus moqueur, et amer tout à la fois, déformait ses lèvres ; il cracha sur le coté pour illustrer son mépris.

« C'était il y a plus de quinze ans mais je n'ai rien oublié. Tu es une chienne, Laralthir. Et tu vas crever comme une chienne. »

Se redressant, il m'entraîna avec lui en tirant sur la corde qu'il avait noué autour de mes poignets ; il avançait à grands pas à travers les bois, me tirant avec lui malgré ma résistance. La douleur de ma cuisse m'empêchait de suivre le rythme et me jeter sur lui comme je l'aurais souhaité ; je tentais quand même une fois, et reçu une gifle assez forte pour m'ouvrir la lèvre. Je me mis à lui jeter des injures dans l'espoir de le provoquer et ainsi de le pousser à l'imprudence, mais il resta imperturbable - même à mes menaces.

« Si tu me détaches tout de suite, je promet que ta mort sera rapide et sans douleur, Sjorvar ! »

L'absurdité de ma situation me rattrapait doucement, et je pris conscience que j'allais sûrement mourir ainsi, au milieu de nulle part. Quelle erreur, de lui laisser la vie sauve.

Je tentai de me laisser tomber de tout mon poids, empêchant ainsi sa progression, mais sa réponse fut d'enfoncer la pointe de son épée dans ma plaie, ce qui me poussa à me lever aussitôt.

Une bonne heure passa avant qu'il ne s'arrête. Nous étions désormais en altitude, trop loin de la route et des habitations pour que quelqu'un nous trouve. Me trouve, plutôt. J'avais rapidement compris son intention.

Il s'approcha d'un arbre, et passa l'extrémité de la corde au dessus de la première branche, qui paraissait large et solide - puis il enroula le reste de la corde autour de l'arbre plusieurs fois. Avec un autre morceau de corde, il vint me lier les pieds. La corde était assez tendue pour que je sois sur la pointe des pieds, et je sentais à présent chaque muscle de mon corps protester contre ma situation - sans parler de ma cuisse. Si un regard pouvait tuer, je l'aurais réduit à l'état de masse informe par ma seule volonté.

« Si tu ne m'avais pas forcé à tuer Ondi, on en serait pas là. Je veux que tu meurs seule, Laralthir. Sans tes petits toutous serviles. Lentement, et dans la souffrance. »

Il vint respirer ces derniers mots tout près de mon visage, tandis que ses doigts se refermaient sur ce qu'il restait de la hampe. Il commença par appuyer, enfonçant la tête de la flèche plus loin dans ma chaire. Je serrais les dents pour ne pas hurler. Puis il arracha la flèche d'un geste sec, et cette fois je me mordis la lèvre tandis qu'un gémissement m'échappait. Des larmes de douleur s'étaient mises à dévaler mes joues, mais surtout, je sentis la chaleur du sang se déversant hors de la plaie. Je voulu crier, l'insulter à nouveau avec ce qu'il me restait de force, mais des points noirs s'étaient mis à obscurcir ma vision et bientôt, je perdis conscience.

Quand j'ouvris les yeux, ma situation n'avait guère changé, si ce n'est que Sjorvar avait disparu. Le sang avait continué de couler le long de ma cuisse, et tous mes muscles continuaient de protester contre cette position insupportable. Un hurlement au loin m'arracha un frisson glacé. Était-ce la mort qui m'attendait, dévorée par des loups au milieu de nulle part ? Ou bien me viderais-je lentement de mon sang, si la fièvre ne m'emportait pas avant ? Loué soit Sithis, de m'offrir ainsi bien des manières de mourir, songeais-je avec cynisme. Je tentais d'abord de me tortiller pour atteindre le tronc avec mes pieds et y monter, mais l'entreprise ne fit que me fatiguer. Tordre mes mains pour les libérer de la corde ne fonctionna pas non plus ; Sjorvar, comme bon nombre des Frères et Sœurs de la Nuit, était passé maître dans l'art des nœuds de ce genre. J'avais bien un dernier couteau dont il ne m'avait pas délesté, au fond de ma botte - mais dans ma situation, le récupérer n'était qu'une utopie.

Dans le calme, je calculais mes chances de survie, en fonction du temps qu'il me faudrait pour parvenir à me détacher. En effet, plus les heures passaient, plus celles-ci s'amenuisaient. Très vite, je compris qu'appeler à l'aide n'était pas une si mauvaise idée. Peut-être un chasseur croiserait-il mon chemin. Mettant ma dignité de coté, je me mis à m'époumoner. Le jour se leva, et toujours rien. Je perdis une seconde fois conscience, et quand je me réveillais, un renard s'était approché pour voir si j'étais morte ; je le chassais à grands cris. Je continuais à appeler à l'aide jusqu'à ce que la nuit tombe à nouveau, et que les hurlements de loups reprennent. Mieux valait éviter d'attirer leur attention.

Quand la silhouette d'un loup sortit des fourrés et s'approcha, je sentis l'adrénaline me traverser. Je voulu l'effrayer en criant, comme je l'avais fait avec le renard, mais cet animal-ci ne parut pas s'en émouvoir. Dans l'obscurité, il s'approcha à pas prudents pour venir sentir sa potentielle proie. Mais étrangement, il n'attaqua pas ni même ne gronda dans ma direction, comme l'aurait fait une meute. Il se contenta de s’asseoir à quelques pas, me fixant comme si j'étais une curiosité à ses yeux. Quand la lumière de la Lune filtra brièvement entre les branchages et tomba sur sa silhouette, je compris mon erreur. Ce n'était pas un loup mais un chien, ayant au moins un loup dans ses ancêtres. Son pelage était gris tâché de brun, et ses yeux m'observaient avec une indéniable intelligence.

Un souvenir me frappa soudain. Les animaux ! Mon peuple était capable de réclamer leur aide, en des temps difficiles. J'avais déjà vu faire mes parents plus d'une fois, et je me rappelais avoir fait usage de ce don dans ma jeunesse. Mais cela remontait à des années, et à présent je ne me souvenais même pas de comment m'y prendre.

Je fermai les yeux et tâchai de me concentrer. Il me fallait un être capable de ronger ces cordes et de me libérer. En rouvrant les yeux, je vis que le chien-loup penchait légèrement la tête, comme s'il percevait ma demande. Un bruit de grattement se fit soudain entendre et quand je levai les yeux, je vis que deux rongeurs se tenaient sur la branche au dessus de moi. Ils étaient déjà à l'ouvrage, grignotant petit à petit la corde. Un sourire se dessina sur mes lèvres.

« Loué soit Y'ffir ! m'exclamai-je d'une voix rauque. Merci ! »

Quand la corde céda, je m'écroulai de tout mon poids, le corps entier ankylosé. La soif avait asséché mes lèvres et la faim me dévorait le ventre, mais je vivrais. Il ne pouvait en être autrement, à présent que j'étais libre. Je me redressais donc tant bien que mal, trébuchante et endolorie. La plaie avait cessé de saigner mais elle n'était vraiment pas belle à voir - je préférais ne pas penser aux dégâts causés à l'intérieur. J'arrachai ma manche, en fit en pansement sommaire puis entrepris de refaire en boitant le trajet nous ayant mené là. Je remerciai en silence mon sens de l'orientation et ma mémoire.

Quand je réalisai qu'une silhouette animale me suivait de loin, l'inquiétude me saisit, puis je me souvins du chien-loup qui m'avait veillé et mon angoisse s'éteignit. S'il avait voulu m'attaquer, il aurait déjà profité de ma faiblesse depuis longtemps.

Je découvris qu'il avait emmené mon sac, n'abandonnant que ma pierre à feu et le bol qui était resté sur les braises, à présent éteintes. La fatigue et tout le sang que j'avais perdu m'avaient mené au bord de l'évanouissement, mais par quelque miracle, je parvins à rassembler du bois pour rallumer un feu. J'y plongeai la lame du seul couteau qui me restait, celui qui était caché dans ma botte, et l'utilisai pour cautériser la plaie. Ma vision s'obscurcit avant que je n'ai terminé l'opération, le néant m'avalant sans prévenir.

Quand j'ouvris à nouveau les yeux, les rayons du soleil filtraient à travers les branches jusqu'à ma peau. Je m'attendais à grelotter de froid, puisque ma couverture avait disparu avec mon sac, mais une source de chaleur dans mon dos me fit lentement tourner la tête. Le chien s'était allongé contre moi, et m'observait à présent d'un œil attentif. Dès que je fis mine de me redresser, il s'écarta d'un bond puis disparut dans les fourrés. Un sourire amusé se forma sur mes lèvres.

À peine debout, je sentis que quelque chose n'allait pas avec ma plaie. Malgré la cautérisation effectuée, du sang avait encore coulé ; je vis qu'une autre substance s'y mélangeait et j'eus une grimace dégoûtée. Tenter à nouveau de refermer les chaires serait stupide. Alors je me contentais de glisser mes dernières possessions, la pierre à feu et le couteau, dans mes poches, et repris ma route.

Le chien me suivait toujours. En l'observant de loin, à la lumière du jour, je compris qu'il s'agissait d'une femelle. Je me mis à lui parler sans y prêter attention, bien qu'elle ne pouvait sûrement pas me comprendre.

« Je pense qu'il nous faudra environ cinq jours de marche pour atteindre le Sanctuaire. Tu vas m'accompagner jusque là bas ? Tu sais, j'apprécie ta compagnie mais je ne pourrai pas m'accompagner de toi. Tu devrais retourner à la vie sauvage. Est-ce que tu as un nom ? Je ne vais pas t'en donner un, je te préviens. »

Je laissais traîner le silence, seulement interrompu par les branches craquant sous mes pieds et mes occasionnels grognements de douleur. J'évitais les routes, sachant pertinemment ce qu'une femme risquerait en s'exposant ainsi, seule et blessée.

« Je pense que Lucius voudrait t'appeler Ylva. La louve, en nordique. Il est plutôt terre à terre, c'est pas très original. Cet idiot de Lucius, il a tout d'un nordique sauf les origines. Et la connerie. Putain de Sjorvar, quand je vais l'attraper... »

L'épuisement finit par me faire taire. Il me fallait économiser le peu de forces me restant. La faim commençait à me tirailler le ventre, aussi j'entrepris de chasser, avec pour toute arme ce petit couteau pathétique. Fabriquer des pièges était aussi une option, mais je ne pourrais attendre qu'une proie s'y prenne. Les heures s'écoulant déroulaient avec elles une promesse de mort lente et douloureuse, comme je devinais l'infection qui ravagerait bientôt mon corps.

La chasse au couteau fut un fiasco. En temps normal, j'aurais réussi à attraper un lapin ou une perdrix, mais ma blessure me rendait gauche et lente. Quand je m'arrêtai pour reprendre mon souffle, m'asseyant contre un arbre, je vis la chienne s'approcher et s'asseoir non loin. Je cru reconnaître dans son regard la lourdeur de son jugement. Mauvaise chasseresse, accusait-elle.

« Ne me regardes pas ainsi, Ylva. »

Elle s'enfuit à nouveau dans les fourrés. L'après-midi étant presque doux, j'en profitai pour me reposer une heure, mais fus réveillée par le contact d'une truffe humide contre le dos de ma main. Ouvrant les yeux, je la vis déguerpir aussitôt. À mes pieds gisait un énorme lièvre. Un sourire reconnaissant naquit sur mes lèvres. Elle avait chassé pour moi, et je compris qu'il ne s'agissait vraiment pas d'un animal domestique. Depuis combien de temps vivait-elle dans la nature ? Toujours ? Sûrement pas, ou elle ne m'aurait pas approché. L'avait-on abandonné ?

Tout ce que nous avions en commun me frappa soudain. Yffir me l'avait-il envoyé pour m'aider à surmonter cette épreuve ? Refuser cette main tendue serait idiot. Je faisais un feu et mangeais, puis m'endormis le ventre plein alors que le soleil commençait à peine à se coucher. La douleur dans ma cuisse s'était mise à irradier vers le haut et le bas, et à mon réveil je découvris que la sueur avait imprégné tous mes vêtements. Le début de la fièvre. Encore une fois, la chienne s'était couchée contre moi pendant la nuit. Elle s'écarta mais avec moins de crainte, me jetant des coups d’œil par dessus son épaule.

Je repris ma route. La blessure faisait peur à voir, et je cherchais en vain des herbes médicinales sur ma route mais la région n'y était guère propice. Sans argent, m'arrêter dans une ville pour tenter d'en acheter serait inutile, à moins de voler. Dans mon état, impossible.

« Chassons ensemble, cette fois, » je suggérai à l'intention de la chienne.

Et c'est ce que l'on fit, avec une étonnante facilité. Sans mots, elle comprit mon intention. Je rabattais la proie vers elle, un petit cerf, et elle bondit pour se jeter à sa nuque et y plonger ses crocs. J'achevais la bête puis la découpais, lui laissant les abats et quelques morceaux de viande. Le reste, j'en fis des réserves pour au moins trois jours, que j'attachais à ma ceinture. Le risque de transporter de la nourriture ainsi, était d'attirer des prédateurs, mais la présence de la chienne les découragerait.

Les jours qui suivirent, cette routine s'installa. Chasser, dormir, marcher. Survivre. La fièvre se faisait de plus en plus forte et je n'osais plus regarder la plaie de peur de ce que je découvrirais, me contentant de la rincer quand je croisais un court d'eau.

Se déplacer devint de plus en plus dur pour moi. Chasser devint impossible, mais la chienne continua de m'apporter de la viande, que je me mis à manger crue - plutôt que d'allumer un feu, je préférais garder toute ma force pour marcher, et dormais le nez dans sa fourrure. Elle ne me fuyait plus. De toute manière, il n'y aurait rien eut à craindre de moi, dans cet état.

Je savais qu'il ne restait en théorie qu'une journée de marche, mais ma lenteur rendait le voyage plus long encore. Plusieurs fois par jour, je mettais un genou à terre et manquais d'abandonner. La douleur prenait toute la place dans mon esprit. La sensation que la mort rôdait autour de moi me mettait le cœur au bord des lèvres. Plusieurs fois, ce fut la chienne qui me poussa à continuer. Elle dû parfois me mordre la main avec assez de force pour m'arracher à l'inconscience. Je serais très sûrement morte si elle n'avait pas été là pour me harceler, tel un insupportable insecte me rappelant que je ne devais pas m'arrêter.

J'ignore exactement à quelle distance du Sanctuaire Lucius me trouva, ni combien de temps je restai inconsciente. Quand j'ouvris les yeux, je me trouvais dans mon lit à la Confrérie. La fièvre était encore là, et je me sentais flotter comme si l'on m'avait drogué - sans doute des herbes visant à calmer la douleur, que je ne sentais d'ailleurs plus autant. J'ouvrais des yeux confus sur mon environnement ; j'étais seule dans la large chambre réservée au chef de la Confrérie. La chienne n'était nulle part visible. Un curieux malaise m'envahit, de retourner si brusquement à la vie humaine. Mon premier réflexe me poussa à sortir, chercher l'odeur des arbres et de la terre, poser ma main sur l'échine de la chienne ; mais alors que je tentais de me redresser dans mon lit, la porte s'ouvrit sur Lucius.

« Ne bouges pas, imbécile. »

Mon vieil ami s'approcha et me tendit un bol rempli de nourriture ainsi qu'une cuillère. Mon ventre se mit à gronder et j’obtempérais, alors que les mots s'échappaient de mes lèvres avec précipitation.

« C'est Sjorvar... Il a voulu se venger. J'aurais dû m'en douter. Est-ce qu'il a fui ou est-ce qu'il est dans le coin ? Je vais le chasser et l'abattre, et pour une fois je prendrai mon temps... »

Les yeux de Lucius s'était arrondi de surprise.

« Sjorvar ? Mais il... »

Il s'interrompit dans un sursaut, ses lèvres formant un « O » de surprise. Un râle s'échappa de ses lèvres et je remarquai soudain l'extrémité d'une épée, dépassant de son ventre.

« Lucius ! »

Un hoquet douloureux m'échappa alors que je tendais les mains pour tenter de rattraper son corps déjà aussi flasque qu'une poupée. Derrière lui, Sjorvar ne prit pas la peine d'essuyer la lame de son épée courte.

À gestes maladroits, je tentais d'atteindre mon couteau dans ma botte mais on avait changé mes vêtements pour pouvoir s'occuper de la blessure et mes doigts se refermèrent sur le vide. Avant que je n'ai le temps de me débattre, sa main fut sur ma bouche pour empêcher que j'appelle à l'aide et il commença à descendre son arme vers ma gorge. Je luttais, mes dents mordant ses doigts alors que je tentais de détourner la lame à main nue, l'acier s'enfonçant déjà dans la chaire de mes paumes. Un sourire amer lui déformait les traits, et il me cracha au visage :

« Je sais pas comment t'as survécu, mais je vais finir le boulot. »

(...)

Chronologie

133 - Naissance
164 - Mort de ses parents
165 - Entrée à la Confrérie
171-175 - Grande Guerre
179 - Rencontre avec Sjorvar
181 - Fin de sa relation avec Sjorvar
182 - Pacte avec Mephala. Laralthir provoque la mort d'Ondi.
190 - Rencontre avec Sohane
193 - Laralthir aide Sohane à se mettre en retrait de la confrérie et accomplit ses contrats dans le plus grand secret, en échange de la moitié de ses gains.
198 - Retour de Sohane à la Confrérie
199 - Trahison de Valkor, destruction du Sanctuaire, déplacement à Aubétoile. Laralthir devient chef et Lucius son second.
199 - six mois plus tard - Tentative de vengeance de Sjorvar, mort de Lucius et de Sjorvar. Livia devient sa seconde.


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Sujet: Re: (Laralthir) Ils guettent ta chute, la bave aux lèvres Dim 24 Juin - 10:51
Oooooh ce choix :wah: :wah: C'est Livia qui va être contente d'avoir son boss ! :bave2: Bienvenue parmi nous et j'espère que ton amie va suivre :minicoeur: ; si tu as des questions ou besoin d'un délai, n'hésite surtout pas !

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Seconde de la confrérie noire
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Sujet: Re: (Laralthir) Ils guettent ta chute, la bave aux lèvres Dim 24 Juin - 16:45
Ouuuuuuuh une Laralthir :wah:
Elle est si belle :coeur:
Bienvenue boss :tong:

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Sujet: Re: (Laralthir) Ils guettent ta chute, la bave aux lèvres Lun 25 Juin - 10:09
Bienvenue ! C'est good que ce genre de personnage soit choisi ! Hâte de ne pas avoir ma tête dans vos papiers :sisi:

J'ai hâte de lire l'histoire :ohgod:

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Chef des Voleurs
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Sujet: Re: (Laralthir) Ils guettent ta chute, la bave aux lèvres Lun 25 Juin - 19:01
Bienvenue Laralthir :mygod: très bon choix de PV et un début déjà prometteur… bonne rédaction à toi ! :hihi:

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Sujet: Re: (Laralthir) Ils guettent ta chute, la bave aux lèvres Mar 26 Juin - 20:22
Merci à tous pour ce super accueil ! :love:

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Sujet: Re: (Laralthir) Ils guettent ta chute, la bave aux lèvres Mer 27 Juin - 22:33
:perv:

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Sujet: Re: (Laralthir) Ils guettent ta chute, la bave aux lèvres Jeu 28 Juin - 10:11
Uesh madmoizelle t'es bonne :smil:
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Sujet: Re: (Laralthir) Ils guettent ta chute, la bave aux lèvres Mer 4 Juil - 0:25
Et pareil, je demande un petit délais, j'ai pratiquement terminé l'histoire mais j'aimerais bien prendre mon temps pour peaufiner les détails, s'il vous plait :dance: (j'avoue, je prend mon pied à écrire cette partie Arrow )

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Sujet: Re: (Laralthir) Ils guettent ta chute, la bave aux lèvres Mer 4 Juil - 8:58
Les fiches c'est du bon :8D: Jusqu'au 14 juillet ça t'irait ? :minicoeur:

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Sujet: Re: (Laralthir) Ils guettent ta chute, la bave aux lèvres Jeu 5 Juil - 22:09
ça devrait amplement suffire, merci ! :coeur:

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Sujet: Re: (Laralthir) Ils guettent ta chute, la bave aux lèvres Mer 18 Juil - 21:42
Désolée pour le double-post, je passe juste prévenir que j'ai pratiquement fini, il ne me manque que quelques lignes - je termine ça dès que possible :oops:

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(Laralthir) Ils guettent ta chute, la bave aux lèvres

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